La Sainte Tunique d’Argenteuil



A la basilique Saint-Denys d’Argenteuil est conservé un textile de laine ancien, traditionnellement vénéré par l’Eglise comme étant la tunique portée par le Christ pendant sa passion. Monument historique depuis 1979, elle est présentée dans un autel-reliquaire également classé.



-  Légende

La tunique aurait été retrouvée par sainte Hélène au IVe siècle ap JC, et conservée à Constantinople jusqu’au VIIIe siècle, date à laquelle l’impératrice Irène l’aurait offerte à Charlemagne en gage d’allégeance lors de son sacre. En l’an 800, Charlemagne est en effet sacré empereur d’Occident par le pape Léon III, en échange du rétablissement de ce dernier sur le trône pontifical.
Il aurait ensuite fait don de la tunique au monastère d’Argenteuil dont sa fille Théodrade était abbesse, en l’an 800. On sait par les sources historiques que celle-ci fut effectivement abbesse d’Argenteuil, mais pas avant 814, année de la mort de Charlemagne.
Au XIIe siècle, c’est en entamant des travaux dans l’église abbatiale que les moines de Saint Denis arrivés en 1129 à l’abbaye Notre-Dame d’Argenteuil auraient redécouvert la tunique dans un mur, où elle aurait été cachée pour être mise à l’abri des pillages normands au IXe siècle.

-  Histoire

La première mention authentifiée de la relique par des traces écrites remonte à 1156, peu après sa redécouverte, dans une bulle papale signée par Hugues d’Amiens, archevêque de Rouen et légat du pape rendant sa vénération officielle. Une reconnaissance solennelle a lieu la même année, en présence de nombreux ecclésiastiques et du roi Louis VII.
La tunique fut très vénérée et donna lieu à de nombreux pèlerinages, processions et attestations de miracles, particulièrement aux XVIe et XVIIe siècles. Elle fit l’objet de la dévotion des rois François Ier, Henri III, Louis XIII, de Marie de Médicis et Anne d’Autriche, des cardinaux de Bérulle et Richelieu.
A la Révolution, lorsque le prieuré bénédictin fut fermé, elle fut d’abord conservée dans l’église paroissiale puis découpée par M. Ozet, curé de l’époque, et ses différents morceaux enterrés. On les rassembla par la suite et les pèlerinages et ostensions reprirent, comme en 1894, 1900, 1934 et 1984 (cette dernière attira plusieurs milliers de pèlerins).

-  Culte des reliques

La tunique d’Argenteuil est représentative de l’importance et du développement de la vénération des reliques autour du culte des saints, qui prend son essor à partir du Moyen Age.
Ce culte remonte aux martyrs des premiers siècles, sur les tombeaux desquels on venait prier en les honorant comme interlocuteurs privilégiés entre Dieu et les hommes ; cette vénération s’est très vite étendue aux objets ayant été en leur possession et à leurs restes (en latin « reliquiae » ) corporels.
La propagation du culte des reliques est également liée aux croisades, desquelles les croisés ramenèrent de leur passage en Terre Sainte de nombreux témoignages matériels, considérés comme authentiques et faisant très tôt l’objet d’un commerce lucratif . Les croisés quittant l’Occident et ne pensant pas revenir ont souvent fait don de leurs biens à l’Eglise. Cette dernière, les voyant revenir, les autorise à commercialiser ces reliques qui deviennent sources de revenus pour ces laïcs puis pour les communautés religieuse qui les achètent. Le culte des reliques avait en effet un impact économique non négligeable, elles constituaient pour les abbayes ou monastères qui en étaient détentrices une source de revenus considérable, et c’est pourquoi des faussaires s’ingénièrent rapidement à fabriquer des copies et des faux.

Les reliques considérées comme les plus précieuses sont celles attribuées à Jésus lui-même, et notamment les objets liés à sa passion . Ainsi, la Sainte Chapelle de Paris fut construite par Louis IX (Saint Louis) pour abriter la relique de la couronne d’épines.
Cela explique la renommée de la tunique d’Argenteuil et de son pèlerinage, à partir du XVIe siècle, qui a contribué au développement de la ville.

-  Etudes scientifiques

Des études réalisées en 2003 par Sophie Desrosiers, spécialiste des textiles anciens, et des analyses menées en 2004 au Laboratoire des Mesures du Carbone 14, à Saclay, ont daté le tissage de la tunique des VIe-VIIe siècles de notre ère (entre les années 530 et 650 ap. JC), avec une probabilité de 95,4 %.
Ces résultats ont été rendus publics par l’évêché de Pontoise en décembre 2004.

S’il est désormais exclu que la tunique d’Argenteuil soit du Ier siècle et donc contemporaine du Christ, elle n’en conserve pas moins une valeur historique certaine, en dehors même de sa dimension symbolique, comme le souligne Serge Pitiot, Conservateur des Monuments Historiques.

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