5 - La ville rurale et viticole


Argenteuil est enracinée dans son terroir de côteaux propices à la culture de la vigne, des figuiers et de l’asperge. La ville rassemblait le plus grand vignoble de la Région Parisienne au XIXe siècle. La culture de la vigne, attestée à Argenteuil depuis le IVe siècle, atteint son apogée à la fin du XVIIIe. Dès le XIIIe siècle, le vin d’Argenteuil jouit d’une renommée qui l’autorise à être "le plus digne d’abreuver bien le roi de France". Le vin d’Argenteuil est alors reconnu aux tables royales de France et d’Angleterre.

Très touché par les combats de la guerre de Cent Ans, le vignoble argenteuillais est reconstitué à la fin du XVe et au XVIe siècle. Les vins d’alors sont des vins blancs "clairs comme larme d’œil". Au XVIIIe siècle, Argenteuil est la plus grosse commune viticole de France avec plus de 1 000 hectares de vignes sur un territoire de 1 700 hectares (et sur un total de 6 000 hectares de vignes pour le territoire de l’actuel Val d’Oise). Cette production de masse est majoritairement écoulée à Paris.

La vigne argenteuillaise
Mais l’extension du vignoble d’Argenteuil est surtout liée au développement démographique de Paris, grand consommateur de vin. Cette culture se développe contre la tradition céréalière, légumière et fourragère de la région et le vin d’Argenteuil, connu sous le nom de "piccolo" ou de "vin de l’abondance" est consommé à l’heure, dans les guinguettes des bords de Seine. Le paysage est très marqué par cette présence rurale dont témoignent des petites habitations à étages avec caves nombreuses que l’on peut imaginer au milieu des vignes, mais également dans le centre ancien (comme dans le quartier de Carême-Prenant, aujourd’hui démoli). Mais le développement du réseau ferré national fait entrer en concurrence les vins du midi en même temps qu’il favorise l’industrialisation de la banlieue. Cependant, Argenteuil résiste et 2 112 pieds de vigne - Pinot noir et Chardonnay - ont été plantés en 1997.

En 1850 encore, Argenteuil est majoritairement peuplé de ruraux, vignerons et carriers et la ville s’inscrit économiquement dans une tradition de la banlieue ressource.

Les carrières, dont est extrait le gypse nécessaire au développement de la ville haussmannienne en pleine mutation et grande consommatrice de plâtre, comme d’ailleurs la présence toute proche des exploitations à ciel ouvert de Cormeilles-en-Parisis, en sont à la fois le signal paysager et le symbole.

Aujourd’hui, une partie importante des collections du Musée d’Argenteuil révèle une image assez précise des traditions rurales liées à la viticulture. Le musée conserve d’ailleurs seize des "manuscrits de croquis", de Jean- Etienne Delacroix (1849-1923), viticulteur et homme d’esprit, qui s’est fait de 1885 à 1919 le chroniqueur de la vie à Argenteuil . Au travers de ces recueils de descriptions minutieuses, dessins et poèmes, il nous livre un riche aperçu de son temps.

Son application assidue, son sens aigu de l’observation et ses commentaires précis et pleins d’humour nous restituent dans le détail le quotidien d’un bourg rural qui connaissait au milieu du XIXe siècle des mutations sans précédent.

Delacroix consigne patiemment tous les aspects d’un mode de vie en voie de disparition, constituant un très riche ensemble documentaire.


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Site Officiel de la Ville d'Argenteuil