6 - "Impressions" de banlieue


En 1851 la ligne Paris-Asnières arrive à proximité du pont à péage. Ce n’est qu’en 1863 qu’une nouvelle gare et un pont, permettant le franchissement de la Seine, sont inaugurés. Cet événement, véritable acte fondateur de la banlieue, va bouleverser l’équilibre du bourg agricole et conduire de nouvelles populations, principalement parisiennes, à découvrir puis à conquérir de nouveaux espaces. De la conquête de ces espaces, synonymes de "bon air" et de délassement, les premiers impressionnistes feront un de leurs thèmes favoris.

Le train, élément fondateur de la découverte puis de la conquête de la banlieue, représente à la fois la modernité et le moyen d’échapper à un Paris saturé et "congestionné". Les Parisiens, qu’un grand désir de campagne anime, visitent à pied chaque dimanche les environs de Paris et trouvent à se détendre et à s’encanailler dans les guinguettes et les auberges des bords de l’eau, entre Chatou et Argenteuil. C’est que, depuis 1857, le Cercle des Voiliers de la Basse-Seine qui deviendra plus tard le Cercle de la Voile de Paris, s’est installé au Petit Gennevilliers.

Les régates d’Argenteuil, qui ont lieu deux fois l’an, deviennent célèbres et le port des Clippers s’implante sur les quais.

Régates sur la Seine à Argenteuil

"Un cercle nautique s’est formé à Argenteuil pour le développement nécessaire du goût des exercices nautiques, l’avancement de l’architecture navale et l’encouragement des régates. Sous l’influence de cette utile institution, les rives d’Argenteuil, autrefois solitaires, se sont rapidement transformées : on croirait voir un port de mer par le petit bout de la lorgnette." (M. Ferre dans L’illustration, 1858). Le fleuve est un véritable terrain de jeu, et ce qui n’était dans les années 1850 qu’une promenade sur l’eau devient un loisir de masse. Yachts et bateaux des régatiers sillonnent le bassin en compagnie des canotiers que peintres et graveurs fixent sur la toile ou le papier.

Guinguettes, voiliers et vapeurs, pavillons de villégiature et jardins d’agrément, constituent le décor de ces dimanches de banlieue. Ce qu’apportent les productions artistiques de ces années charnières (peintures, gravures, photographies) pour comprendre cette jonction et saisir les changements en cours, c’est une information "sensible", une touche d’émotion ajoutée au contexte historique. Lorsque Claude Monet, et après lui Gustave Caillebotte, peignent Argenteuil depuis la berge ou depuis Gennevilliers, ce ne sont pas seulement "les impressions changeantes de la lumière et des couleurs dans cette banlieue parisienne" qu’ils nous donnent à voir, mais c’est bel et bien "l’expression profonde du combat de l’artiste pour créer un art moderne du paysage, celui d’un monde qui s’industrialise rapidement et dont le décor change à vue" (Monet à Argenteuil, Paul Hayes Tucker).

Les impressionnistes inventent leur sujet : le paysage, dont le trait principal à Argenteuil est le débordement du côteau et du front de Seine.


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